Ampli classe D : non, ce n’est pas numérique !

Suite à certains retours caricaturaux sur l’ampli NAD C3030, il était temps de s’attaquer à l’un des plus gros mytho de la hifi moderne : la médiocrité supposée de l’amplification en Classe D. Entre idées reçues, erreurs de jeunesse et confusion totale avec les amplis FDA, on fait le point pour comprendre ce qu’est vraiment cette technologie… et ce qu’elle n’est pas !

Il existe une forme de résistance dans le monde de la haute-fidélité. Pour beaucoup, un « vrai » ampli doit peser 20 kilos, chauffer comme un radiateur et arborer des condensateurs de la taille d’une canette de soda.

Pourtant, la technologie progresse. À La Belle Écoute, nous pensons qu’il est temps de poser les choses à plat ! L’idée ici n’est pas de décréter si la classe D est supérieure ou non aux autres classes d’amplifications, mais de comprendre ce qu’elle est réellement, et surtout, de chasser les idées reçues qui lui collent à la peau.

Ampli Classe D NAD C3050
NAD C3050 avec le module HybridDigital UcD, développé par Hypex et adapté par NAD

Une brève histoire de la classe D : le temps des pionniers (Sinclair et Sony)

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’amplifi classe D n’est pas une invention de l’ère du smartphone. Le principe de l’ampli par commutation a été théorisé dès 1932. Cependant, entre la théorie et la musique, il y a eu un long chemin semé d’embûches techniques.

1964 : Le faux départ du Sinclair X-10

L’un des premiers module classe D destinés au grand public, le Sinclair X-10, affichait une puissance modeste de 10 watts. Même pour 1964, c’était plutôt faible. Son successeur, le X-20, a tenté de redresser la barre avec 20 watts, mais les performances restaient médiocres.

Le problème ? Les transistors au germanium de l’époque étaient trop instables. En outre, ces circuits émettaient tellement de radiofréquences qu’ils ne pouvaient pas intégrer  les tuners radio, empêchant la réception des signaux hertziens. Pire, la stéréo en classe D n’était pas non plus faisable, tant chaque canal interférait avec l’autre. Clive Sinclair avait une vision juste, mais les composants n’étaient pas encore à la hauteur de ses ambitions.

Ampli Classe D Sinclair X-10
Sinclair X-10

1978 : Sony TA-N88

Il faudra attendre 1978 pour que Sony bouscule les codes avec le TA-N88 de la gamme Esprit. C’est un jalon historique, l’un des premiers classe D à utiliser des transistors MOSFET au silicium.

Avec 160 watts sous 8 ohms, il affichait une puissance généreuse pour l’époque. Si son succès commercial fut timide, il a prouvé que la classe D pouvait rivaliser avec les architectures traditionnelles en termes de puissance, ouvrant la voie à des décennies de recherche chez Technics, Philips ou Bang & Olufsen.

Ampli Classe D Sony TA-N88
Sony TA-N88

Pourquoi le « D » ne veut pas dire « Digital »

C’est sans doute le mytho le plus tenace du web. On lit trop souvent que le « D » de « classe D » signifierait « Digital ». C’est faux.

L’alphabet de l’électronique : Une question de chronologie

En électronique, les classes d’ampli (A, AB, B, C, D…) sont nommées par simple ordre alphabétique de découverte ou de normalisation. La lettre D a été choisie en 1959 parce qu’elle suivait tout simplement la lettre C. Elle n’a aucune signification technique cachée.

La Modulation de Largeur d’Impulsion (PWM) expliquée simplement

Le fonctionnement d’un ampli classe D repose sur la Modulation de Largeur d’Impulsion (ou PWM pour Pulse Width Modulation).

Imaginez un interrupteur.

  • En classe A, l’interrupteur est toujours ouvert à fond, laissant passer le courant en permanence (beaucoup de chaleur, peu d’efficacité).
  • En classe D, on éteint et on allume l’interrupteur extrêmement rapidement (des centaines de milliers de fois par seconde).

Pour reproduire un son fort, l’interrupteur reste « allumé » plus longtemps qu’il n’est «éteint». Pour un son faible, c’est l’inverse. C’est cette variation de la durée de l’impulsion qui crée le signal.

Attention : Le signal n’est jamais quantifié ou numérisé. Il reste analogique dans sa définition temporelle. Un module classe D accepte un signal analogique et recrée un signal analogique.

Classe D vs FDA : ne faites plus l’erreur !

Il est facile de s’y perdre, car certains ampli sont réellement numériques : ce sont les FDA (Full Digital Amplifier).

La confusion vient du fait que tous les FDA utilisent un étage d’amplification en classe D. Mais l’inverse n’est pas vraie : un module en classe D n’est pas un FDA : 

  • Un ampli classe D classique travaille sur un signal analogique.
  • Un FDA traite le signal sous forme numérique jusqu’au dernier moment.

Le cas du WiiM Amp

Prenons l’exemple des WiiM Amp. On les a qualifiés par erreur de FDA. En réalité, leur  entrée analogique est numérisée par un ADC (convertisseur analogique vers numérique) pour permettre d’appliquer des égalisations numériques (DSP). Pas par contrainte technique d’un circuit de type FDA !

À l’inverse, un appareil comme le Vibelink conserve une entrée 100% analogique car il ne propose pas ces traitements. 

Les modules modernes : Hypex, Purifi et l’ère de la haute performance

Si la classe D a longtemps été cantonnée aux subwoofers ou aux autoradios pour sa compacité et son efficacité énergétique, elle a fait une entrée fracassante dans la haute-fidélité haut de gamme grâce à des motoristes de génie.

Dans les années 90, la société Tripath a tenté de redorer le blason de la technologie avec sa « Classe T » (un nom purement marketing pour une classe D améliorée). Mais la véritable révolution est venue plus tard avec :

  • Hypex (NCore) : Qui a réussi à linéariser la réponse en fréquence quelle que soit l’impédance de l’enceinte.
  • Purifi (2019) : Co-fondée par Bruno Putzeys, cette entreprise a repoussé les limites de la distorsion à des niveaux quasiment non mesurables.
  • Texas Instruments : Avec la puce TPA3255, que l’on retrouve dans de nombreux amplis abordables et performants.

L’importance de l’implémentation et de l’alimentation

Est-ce que tous les amplis utilisant une puce TPA3255 sonnent de la même manière ? Absolument pas.

Le module de puissance n’est qu’une partie de l’équation. Le travail du constructeur sur l’alimentation, la gestion du bruit et le choix des composants périphériques change tout. C’est là que réside la signature sonore d’une marque, même en classe D. Une alimentation sous-dimensionnée bridera toujours la dynamique, quelle que soit la technologie utilisée.

Le son « Classe D » existe-t-il vraiment ?

Alors existe-t-il un « son » classe D ?

À l’époque des modules Sinclair ou des premiers Tripath, on pouvait reprocher à cette technologie une certaine froideur ou une agressivité dans le haut du spectre. Mais aujourd’hui, ces défauts de jeunesse ont disparu.

Affirmer qu’il existe un son classe D est aussi réducteur que de dire qu’il existe un son « classe A ». Un ampli classe A mal conçu sera toujours moins musical qu’un excellent ampli classe D comme ceux de chez NAD ou Lindemann.

La classe D est un outil. Elle permet aujourd’hui d’obtenir :

  • Un rendement énergétique exceptionnel (plus de 90% contre 25% pour la classe A).
  • Une compacité qui permet de loger de la puissance dans des boîtiers élégants.
  • Une tenue des basses souvent impressionnante grâce à un facteur d’amortissement élevé.

Conclusion : faut-il craquer pour un ampli classe D en 2026 ?

La technologie est désormais mature. Si les schémas en classe A restent les plus simples à concevoir (et n’exigent pas de payer des royalties à des brevets tiers comme Purifi), ils se raréfient. Pourquoi ? Parce que la classe D offre désormais une fidélité et une dynamique qui satisfont les oreilles les plus exigeantes, tout en respectant les contraintes modernes de consommation.

Alors, la classe D est-elle mieux ? Une fois de plus, tout dépend de la mise en œuvre 🙂  

Rien ne remplacera jamais une écoute comparative. Si vous êtes de passage à Nancy ou Thionville, je vous invite à venir nous voir à La Belle Écoute. Nous pourrons vous brancher des électroniques côte à côte pour faire des comaparatifs 🙂. Vous pourriez être très surpris par ce que vos oreilles préfèrent réellement, loin des fiches techniques et des idées reçues.

Et vous, quelle est votre expérience avec la classe D ? Avez-vous déjà franchi le pas ou restez-vous fidèle aux bons vieux amplis lourds et chauds ? On en discute en commentaire !

À très vite pour une belle écoute.

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